14.07.2008
Un caca avec Epicure
Entrailles profondément vexées, sentiment d’injustice. J’ai libéré un poids qui me pesait sur l’estomac. Celui-ci semble froissé de s’en être séparé et le fait savoir. Le Grand Plouf est survenu. L’étron coule, compact, au fond de la cuvette. Il s’enfuit. Mon moi intérieur se détache du sentiment de pesanteur d’un coup de sphincter élégant. Pas besoin de papier. Alors, la douleur apparaît, fraîche. Insidieusement enfouie dans les profondeurs intestinales elle se manifeste, bombe sous-marine à la recherche d’un improbable U-boat, par ondes. L’équipage, aux aguets, respectant le religieux silence qui s’impose, transpire. L’explosion semble canalisée par des circuits qui la relient directement à la tête. Etrange sensation que celle de saisir l’existence de la douleur au ventre grâce à une opération chimique qui délivre un message près d’un mètre plus haut. La douleur côtoie la conscience de la douleur. Je ferme les yeux et pense à Epicure.
«Ce n’est pas tant la douleur que la peur de la douleur que l’homme doit s’efforcer de maîtriser.»
Je l’attrape par derrière et lui fracasse la tête contre une colonne grecque sous le regard médusé de ses élèves. Il n’a pas le temps de réaliser. Retour. les yeux s’entrouvrent. La douleur, quoique toujours présente, s’estompe. Je peux alors l’isoler, l’observer, m’en amuser. J’apprécie, je me délecte de cette décontraction progressive. Sentiment persistant de maîtrise. C’est le meilleur moment : la douleur, toujours présente, est domptée par l’esprit, par la force du raisonnement. Je ferme à nouveau les yeux et présente mes excuses à l’illustre philosophe. Il ne m’en tient pas rigueur, pensez-vous, il en a vu d’autres. Nous nous séparons bons amis. Je tire la chasse d’eau.
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Cabinet et autres curiosités
Il était une époque où, quand nous souhaitions nous abandonner à la contemplation, nous avions la possibilité de nous retirer. Les possibilités de retrait étaient nombreuses. Se retrouver seul face à soi-même n’était pas un problème. Cela devient pourtant toujours plus difficile. Les technologies ont profondément bouleversé nos rapports humains. Nous sommes - êtres humains occidentaux – reliés, connectés, agglutinés les uns aux autres sans grandes possibilités d’isolement. Certes les couvents modernes se recyclent dans le tourisme spirituel et moyennant une certaine somme vous pourrez bénéficier d’une cellule monacale propre à votre ressourcement intérieur à condition de vous y prendre six mois à l’avance et de verser des arrhes. Les places sont chères. Pourtant, à observer nos habitudes de plus près, il existe des endroits, des instants, où nous nous trouvons face à nous-même : Les cabinets. Lorsque le besoin se fait sentir nous nous isolons. Jusqu’à présent, ce petit interstice, ce micro-élément qui rythme notre quotidien n’a pas fait l’objet de nombreuses recherches, de beaucoup d’attention. Le cabinet a toujours permis à l’introspectif de se livrer à son sport favori : laisser son esprit vagabonder. Des curiosités au caca, il n’y a qu’un pas que le vocabulaire semble avoir franchi sans que nous nous en soyons rendu compte.

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