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20.06.2008

Dites-moi tout, docteur

Julius_Hibbert[1].gifC. est enceinte. Elle se rend chez son gynécologue pour une consultation, la première depuis le début de sa grossesse. Ce dernier commence d'abord par la tancer : comment est- ce possible de ne pas souscrire à une assurance privée avec la profession qu'elle exerce. Ce serait une question de bon sens et l'unique manière de mettre toutes les chances de son côté. Bref, selon son médecin, C. est une jeune fille irresponsable qui ne gère pas bien sa grossesse. La suite de la consultation convainc C. de changer rapidement de spécialiste.

C. a changé de gynécologue. Cette fois-ci il s'agit d'une femme conseillée par une amie proche. Au rendez-vous C. est accompagnée de son compagnon venu assister à l'échographie. La séance commence par un bref entretien qui s'articule autour du dossier clinique de C. Le ton et courtois et chaleureux, parfois un peu condescendant. La conversation se dirige à nouveau du côté des assurances maladies. "Comment, chère Madame, vous êtes à l'Assura. Oh mais c'est une catastrophe. Ne savez-vous pas que ces gens-là ne remboursent pas certains frais occasionnés par la grossesse ? ". Suivent ensuite des considérations nettement plus politiques, "Si  cela ne tenait qu'à moi, on passerait tous à l'assurance unique", et des informations plus insidieuses sur le choix personnel de la gynécologue en matière d'assurance : "Personnellement, je suis en semi-privé à la Helsana, c'est vrai qu'ils sont chers mais on est bien protégé et ils sont très compétents". Sur le coup, C. et son compagnon ne réagissent pas. Tous deux sont surtout pressés de passer à l'échographie et d'admirer la petite crevette qui se niche dans les bas-fonds de la maman.

 Toutefois quelques questions ne tardent pas à surgir quand le couple se retrouve dans la soirée. L'opinion politique de la spécialiste était explicite lors du second entretien. En l'occurrence cela n'a pas choqué les deux tourtereaux qui n'étaient pas loin de penser la même chose en ce qui concerne le problème des caisses d'assurances en Suisse. Les futures parents avaient voté en faveur de l'initiative pour une caisse unique. Mais imaginons un instant que cela n'ait pas été le cas... Les patients se seraient retrouvés bien empruntés face à un médecin qui tient des propos catégoriques allant à l'encontre de leur conviction, cela juste avant que la gynécologue procède aux examens relevant de sa compétence. Il me semble que le gynécologue qui s'en prenait à C. en lui reprochant de ne pas prendre une assurance à la hauteur de ses moyens (mais les connaît-il vraiment ses moyens, le mufle?), procédait, tout comme la doctoresse rencontrée ensuite, à une sorte d'extension moralisante de leur champ de compétence. C'est en quelques sortes un vieux travers qui poursuit la corporation médicale : les médecins se croient parfois investis d'un pouvoir qui dépasse de loin le caractère de la seule médecine. Les politiques de la santé se doivent d'être discutés sur la place publique, en compagnie des corporations médicales mais certainement pas dans les bureaux feutrés de tel ou tel spécialiste.

Un second élément a quelque peu titillé l'heureux couple: la gynécologue rencontrée s'est permise de donner le nom de son assurance et la nature du lien qui la lie à celle-ci (assurance semi-privée). Il s'agit du groupe Helsana. Ce n'est pas la première fois qu'un médecin mentionne le nom de cette assurance lors de consultations et pour cause. De nombreuses assurances participent au financement de de cabinets médicaux. De plus, Helsana a déjà été épinglée plusieurs fois pour le démarchage violent et grossier qu'elle pratique auprès du corps médical (et électoral à la veille de votations). Ainsi, un ami physiothérapeute me rappelait que c'est cette caisse qui avait tenté de proposer des avantages considérables au personnel soignant lui ramenant de nouveaux clients. Bien sûr, le projet en question avait dû être retiré. Il est difficile de dire si C. et son ami ont été placé face à un médecin qui a cherché à vendre sa camelote ou si la gynécologue en question s'est simplement épanchée sur ce sujet sans vraiment prêcher pour une caisse ou une autre. Quoi qu'il en soit la discussion a été comptabilisée et facturée au point TARMED, unité de mesure propre à tous les médecins et toutes les assurances en Suisse...

 

 

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