13.11.2009
Tous égaux face à la grippe ?
Elle a fini par arriver. Un peu en retard, on pourrait presque dire qu'on ne l'attendait plus. La grippe H1/N1 commencé à frapper dans notre région. Selon un article récent du Temps, on compterait près de 2'500 cas confirmés. Difficile d'être plus précis dans la mesure où si vous prenez contact avec votre médecin pour lui décrire votre état grippal, vous vous trouverez face à la même réponse : "Restez chez vous et soignez-vous !". Les tests permettant de déceler la grippe A coûtent chers...
Le point d'orgue médiatique concernant la grippe A consiste en la question de savoir s'il faut se faire vacciner ou non. Les autorités sanitaires et les médecins l'affirment. Le personnel médical dans son ensemble est pourtant réticent. Un papier du Matin Dimanche (écrit par la seconde entité de ce blog...) permet de saisir la ligne de fracture entre le personnel soignant et les médecins. La grande majorité des infirmières interrogées n'iront pas se faire vacciner. Même son de cloche de l'autre côté de la frontière. Seul 7% du personnel soignant des hôpitaux de Paris se serait porté volontaire pour la vaccination. Le résultat tranche avec les médecins qui se sont déjà presque tous faits vaccinés, eux... et leurs proches...
Et c'est à mon avis bien là que réside le scandale, pour l'instant. Après avoir consulté quelques connaissances ayant des médecins dans leur cercle familial proche, on peut invariablement tirer le constat suivant : tous se sont vus proposer la vaccination. A priori cela peut sembler anodin.. La grippe A n'est qu'une grosse grippe pas plus mortelle qu'une autre, paraît-il. Qui plus est, de nombreuses personnes figurant sur des listes prioritaires pour la vaccination décident de passer leur tour. Soit. Mais qu'en sera-t-il le jour une vraie saloperie nous tombera dessus ? La famille du docteur Mueller passera-t-elle avant les autres ?
(source photo: Le Point, 30/10/2009)
Guillaume Henchoz
08:14 Publié dans Mgggrrrrrrrr ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grippe h1n1, virus, vaccination
18.10.2009
Même à l'extrême droite, la Suisse reste neutre

Extrême droite : un UDC suisse claque la porte de la Convention identitaire française. Motif : trop de dérapages
L’annonce de sa présence avait suscité la polémique en Romandie. Pensez donc, l’UDC, parti suisse populiste provocateur et xénophobe mais néanmoins soucieux de son image, allait voir un de ses membres participer à une convention d’extrême droite en France. Pire, une convention organisée par le Bloc identitaire, un mouvement considéré comme « à droite de la droite dure » par Jean-Yves Camus, politologue français spécialisé dans l’étude des mouvements d’extrême droite (il a parlé récemment du Bloc identitaire, qui souhaite se former en parti politique, dans une interview à Sud Ouest.com). Interrogé à plusieurs reprises par les médias romands, Dominique Baettig, le membre de l’UDC en question, avait répondu qu’il se rendait à la réunion d’Orange « en son nom propre » et « par curiosité », et que tant que la limite de « l’incitation à la haine » ne serait pas franchie, il ne voyait pas où était le problème.
Et bien il faut croire que les limites ont été franchies, et que même pour un UDC confirmé, les débats d’Orange avaient des relents nauséabonds. Interrogé hier au téléphone par le Matin Dimanche (et plus précisément par la soussignée) durant la pause entre deux conférences de la Convention identitaire, le conseiller national jurassien a été catégorique : « Je m’en vais, je n’ai rien à faire ici ». Ah bon, pourquoi ? « Il y a trop d’aspects incontrôlés, de provocations. Ils sont parfois à la limite de l’exaltation. Ce n’est pas ma manière de faire de la politique. » Et Dominique Baettig de prendre l’exemple de l’immigration : « Ce n’est pas en disant « expulsons-les tous » et en faisant des immigrés des boucs émissaires qu’on résoudra le problème. »
Ceux qui connaissent l’UDC, ses moutons noirs et ses burqas menaçantes ricaneront certainement, avec raison. Un UDC qui tient un discours pareil, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité. Un parti dont la section genevoise dénonçait « la racaille d’Annemasse » sur des affiches il y a moins d’une semaine et qui joue sur la peur des étrangers et des musulmans à longueur d’année est un peu mal placé pour s’offusquer des raccourcis pris par d’autres. Néanmoins, la décision de Dominique Baettig de quitter la convention amène quelques réflexions :
1. Dominique Baettig n’a pas souhaité décrire précisément la nature des dérapages qui ont eu lieu à la convention identitaire d’Orange. Mais pour qu’un UDC s’indigne des discours trop radicaux sur l’immigration tenus par d’autres, il faut croire que les termes employés devaient être plus que gratinés, voire au-delà des limites de la loi.
2. Alors que le FPÖ autrichien, la Lega italienne, et le Vlaams Belang belge se sont rendus à la convention, l’UDC n’était pas officiellement présente à Orange (Si Dominique Baettig était annoncé triomphalement par les organisateurs comme l’élu-suisse-qui-légitime-les-identitaires-par-sa-présence, il assure que cela s’est fait à son insu). L’absence du parti suisse ainsi que la réaction du conseiller national jurassien montre à quel point les politiques suisses, de gauche comme de droite, se méfient des foules exaltées et des mises en scène grandiloquentes. Un point qui distingue l’UDC de ses homologues européens, même si, dans le fond, le discours est le même.
3. Si Dominique Baettig semble avoir eu une réaction des plus sincères en quittant Orange, l’UDC ne pouvait rêver meilleure publicité que ce départ en fanfare pour prendre ses distances avec l’extrémisme de droite. Mais ne soyons pas dupes, et réfléchissons : si Soli Pardo, président de l’UDC genevoise et auteur du slogan sur la « racaille » avait été à Orange à la place de Dominique Baettig, aurait-il été choqué au point de s’en aller ?
Source photo : bannière du site du Bloc identaire, Dominique Baettig est au centre de l'illustration)
Camille Krafft
14:24 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : extrême droite, udc, bloc identitaire
13.10.2009
Internet rend-il bête ?

La Langue des bois, l'émission de discussions et débats de Fréquence Banane reprend du service à partir de mardi prochain, 20 octobre à 20h00
Notre première causerie de la rentrée est consacrée à la mutation culturelle produite par Internet et les nouvelles technologies. L’arrivée du Net dans notre quotidien bouleverse nos habitudes, modifie nos rapports à la lecture, à la connaissance, à l’apprentissage. Pour le meilleur ou pour le pire ? En compagnie de nos invités, nous tâcherons d’explorer et d’apprécier ces changements.
De savants crétins, c’est tout ce que l’écriture risque de produire, confiait en substance Socrate au jeune Phèdre sous la Plume d’un Platon qui n’en est pas à un paradoxe près. Socrate qui était en effet persuadé que le développement de l’écriture alphabétique ne pourrait que nuire à la transmission des connaissances qui se déroulaient auparavant dans le cadre d’une discussion, d‘un dialogue entre plusieurs interlocuteurs. Dégénérescence et déclin du savoir. Voilà ce qu’était censé représenter l’avènement de l’écriture.
C’est dans Playboy, 2000 ans plus tard, que le philosophe Marshall McLuhan donne le change au philosophe grec. Nous sommes en 1969. Explosions de nouveaux médias que l’américain qualifie d’électriques. Les interrogations de Socrate refont surface alors qu’il s’agit de s’interroger sur l’irruption de ce petit écran carré qui s’invite dans tous les foyers. En quoi va-t-il changer nos rapports à l’information, au savoir, quelles transformations de nos valeurs, de nos attitudes, la télévision va-t-elle produire. La réponse de McLuhan fait date, encore aujourd’hui : on n’en sait foutre rien. On a le nez dans le guidon. Selon le philosophe, le passage d’un environnement à un autre produit des mécanismes de résistance inconscients. La réalité des changements qui nous touchent n’est pas perceptible à l’instant. On a toujours un train de retard dans notre vision du monde.
C’est pourtant ce train que l’on vous propose de prendre ce prochain mardi 20 octobre sur Fréquence Banane à 20h00, puisque nous causerons de l’irruption des nouvelles technologies et de l’internet dans notre sphère culturelle et scientifique. Nous aurons le plaisir de recevoir autour de nos micros trois invités, Olivier Glassey, Stéphanie Booth et Lyonel Kaufmann qui s’efforceront de nous éclairer depuis leur domaine de connaissance… et leurs convictions.
Guillaume Henchoz
Quelques liens utiles pour la préparation de l'émission :
L'article de Nicolas Carr "Is google making us stupid" enfin traduit en français
Le dossier réalisé par le magazine Books paru cet été
16:25 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : internet, connaissance, savoir, nouvelles technologies
06.10.2009
Et les avis de droit, c'est fait pour les chiens ?
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L'annonce est parue lundi, dans la Tribune de Genève. Elle y fustige la "racaille d'Annemasse" qui profiterait de la ligne du CEVA( liaison ferroviaire Cornavin - Eaux-Vives - Annemasse) pour venir pourrir la vie des Genevois. Pathétique. Pour beaucoup, l'UDC (encore elle ...) déraperait une fois de plus. Mais qui porte la responsabilité de la parution de cette publicité raciste et mensongère. Le Parti ou le journal qui s'est décidé à la publier ?
Quelques éléments de contexte d'abord. Les Genevois vont aux urnes ce prochain week-end. A à l'extrême droite de l'échiquier politique, deux partis se disputent les voix: le MCG (Mouvement des Citoyens de Genève) et l'UDC (Union Démocratique du Centre). En se positionnant ainsi sur une ligne franchement populiste, l'UDC espère certainement marquer quelques points sur son concurrent avant le bouclage des urnes et faire un peu parler d'elle. La section genevoise du parti semble cependant avoir un peu forcé la dose: de nombreux membres de la formation politique, à l'instar d'Yves Nyddegger, commencent à prendre leur distance jugeant ce coup médiatique un peu trop enlevé. N'en déplaise à certains caciques du parti un peu plus modérés que les autres, l'UDC n'en est pas à son premier ballon d'essai. Après les "moutons noirs" qu'il s'agit d'expulser et les "homosexuels inféconds" qu'on se doit de surtaxer, voici "la racaille d'Annemasse" dont il faut interdire la venue sur sol helvétique. Les couplets changent un peu mais le refrain se fredonne sur le même air (trompette, grosse caisse et chemise brune ?). La parade de l'UDC aux critiques la taxant de tenir des propos racistes ? L'humour. L'UDC aurait en fait juste envie de se fendre la malle avec ses concitoyens. Mais l'humour, sauce UDC, a un petit côté Brice Hortefeux qui a tendance à se régler devant les tribunaux... Il y en a qui ne rient pas vraiment: blessé, le maire d'Annemasse s'est décidé à porter plainte. On le comprend.
Mais le parti n'est pas le seul responsable de la parution de cette annonce d'un goût douteux. Le journal qui a publié l'encart porte aussi une certaine responsabilité. Responsabilité dont il cherche à se dédouaner fort maladroitement dans un éditorial des plus pathétique. L'argument phare développé par la Tribune de Genève ? "Il est sain en démocratie de maintenir la plus grande liberté d'expression possible dans les limites du droit, bien entendu". Un peu plus loin, les lecteurs sont invités à sanctionner le parti par les urnes, cette fin de semaine. Le cynisme n'étouffe pas le quotidien genevois. En clair, on accepte le pognon d'une publicité à caractère raciste, on organise un vague débat autour en publiant un édito qui nous distancie des propos tenus dans l'encart et on flatte des électeurs qui sauront faire les bons choix le moment venu. Selon Pierre Ruetschi, "ce n'est pas à la presse de censurer les candidats mais bien aux citoyens des les sanctionner dans l'isoloir". Bon, admettons. Mais quand ces candidats tiennent des propos qui pourraient tomber sous le coup de la loi, les médias qui les relaient sans aucun recul critique n'en portent-ils pas la responsabilité, eux aussi ? Traiter des étrangers de "racaille" dans une publicité, est-ce répréhensible ? C'est à la Tribune de Genève et non à l'UDC qu'il faudrait coller un procès. On serait fixé une bonne fois pour toute.
Guillaume Henchoz
(source image : Radio suisse romande)
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11:16 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : publicité, médias, suisse, politique, politique suisse, udc, tribune de genève
28.09.2009
Pas de pot, Polanski !

Roman Polanski s'est fait gauler à Zurich dimanche soir. Les autorités judiciaires helvétiques ne l'ont pas loupé. Le cinéaste a été arrêté et risque de se faire extrader en direction des Etats-Unis. Le journal Le Temps ainsi que la TSR reviennent sur les circonstances qui ont poussé Polanski à fuir les Etats-Unis pour trouver asile en France et en Pologne... et continuer une belle carrière de cinéaste.
Le monde culturel européen est en émoi. Le Monde politique aussi : de Frédéric Mittérand à Bernard Kouchner, en passant même par Nicolas Sarkozy, le cinéaste ne manque pas d'appuis et c'est tant mieux. L'affaire pour laquelle il risque de se retrouver extradé ne vaut pas un pet de chamelle. Et croyez-le, on sait de quoi on cause. Des pets de chamelles, on s'en ramasse quotidiennement en Suisse. C'est la saison. Le cinéaste a certes couché avec une mineure qui ne lui en tient pas rigueur et cet événement ne grandit pas les beaux-arts, mais cela vaut-il la peine de gâcher autant de temps et d'énergie pour des éléments aussi insignifiants ?
La réponse est oui. En fait la Suisse est tenue de séquestrer et renvoyer à la justice les personnes soupçonnées de pédophilie. Roman Polanski est en fait une victime collatérale d'un durcissement de la loi... votée par le peuple suisse l'année dernière. On pensait se retrouver avec des sadiques et des pervers derrière les barreaux et nous voilà avec un réalisateur à extrader. Il y a un point positif que je ne peux toutefois pas m'empêcher de soulever. On fait pas de demi-mesure en Suisse. Polanski ou Dupont, c'est du pareil au même. Il débarque, on l'appréhende et on lui lit ses droit (à moins que ce soit le contraire, je ne sais plus...). Et tant pis si ça fait grincer les dents les voisins.
Et maintenant ? Problème : l'arrestation du franco-polonais vole la vedette à nos deux malheureux compatriotes séquestrés sur le sol libyen. Solution : on pourrait imaginer de soigner les furoncles de notre diplomatie pathétique avec le baume que dispense notre justice psychorigide. En clair, cela donne trois scénarios à étudier de près.
1. La Suisse livre Polanski aux Etats-Unis et obtient une ristourne sur le nombre de contribuables américains fraudant le fisc qu'elle s'est engagée à dénoncer. On laisse nos deux compatriotes passer l'hiver au chaud et on trouve une autre vedette à séquestrer.
2. La Suisse rend Polanski à la France contre son rôle de médiateur dans le différend qui oppose la Confédération à la Libye. Après tout, si Cécilia a ramené une flopée d'infirmières bulgares à la maison, Carla devrait pouvoir s'en sortir avec deux petits suisses.
2bis. La Suisse rend Polanski à la Pologne contre son rôle de médiateur dans le différend qui oppose la Confédération à la Libye. Moins glamour que le point précédent et un peu plus casse-gueule, ce scénario a pour principal mérite de doucher les autorités françaises et d'initier les diplomates lybiens aux langues slaves.
3. On livre directement Polanski à la Libye. Contre rien. Comme ça. Gratis. Juste pour rire. Pour instituer le "happening diplomatique" comme nouvelle forme d'expression artistique.
D'autres suggestions ?
Guillaume Henchoz
(Source photo : Keystone)
22:15 Publié dans Mgggrrrrrrrr ! | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : polanski, suisse, lybie



